« On est au bord du gouffre, on a besoin d'aide » le syndicat de police Alliance 32 alerte sur le manque de moyens humains au sein de la Police judiciaire au Commissariat d'Auch

21 janvier 2026 - 12:18

C’est une situation critique » qui pousse Barbara Alves De Puga, secrétaire départementale du syndicat de police Alliance 32, à prendre la parole. Alors que son adjointe s’était déjà exprimée en fin d’année sur notre antenne pour témoigner des grandes difficultés rencontrées par la police judiciaire au commissariat d’Auch, en raison d’un manque de moyens humains, la situation s’est depuis encore dégradée. Il ne reste aujourd’hui plus que deux officiers de police judiciaire (OPJ) disponibles. Une situation qui conduit la représentante syndicale à tirer la sonnette d’alarme, réclamant des renforts humains urgents pour soulager un service en grande tension. Entretien.

Pouvez-vous nous expliquer la situation au sein de la police judiciaire d’Auch ?

Barbara Alves De Puga, secrétaire départementale du syndicat de police Alliance 32. « Cela fait des années que la police judiciaire d’Auch est en difficulté. Nous manquons de moyens humains, notamment d’officiers de police judiciaire (OPJ). Dernièrement, nous avons connu beaucoup de départs : avec des collègues qui partent à la retraite, d’autres sont blessés. Il y a aussi des collègues qui craquent face à une charge de travail devenue énorme. On demande aux gens de travailler dans des conditions terribles. Heureusement, les bonnes volontés sont là, et c’est pour cela que le système tient encore… mais pour combien de temps ? Je ne sais pas. Pour comprendre nos difficultés, il faut expliquer le quotidien d’un OPJ. Tous les jours, 24 heures sur 24, il doit y avoir un officier de police judiciaire qui répond au téléphone. Je prends un exemple : à 3 heures du matin, des fonctionnaires de police interpellent quelqu’un, il faut appeler l’OPJ, qui décidera ou non de placer la personne interpellée en garde à vue.

Ces astreintes, le soir, le week-end et les jours fériés, en plus de notre charge de travail quotidienne, le tout en sous-effectif, font que la charge de travail est considérable. Si nous ne sommes pas là, le système judiciaire est grippé. Car si les collègues sur le terrain, qui font très bien leur travail, interpellent des personnes, sans police judiciaire, il n’y a personne pour amener l’affaire devant le tribunal, et donc pas de suite. »

De quels moyens disposez-vous actuellement en matière d’officiers de police judiciaire ?

« La cartographie officielle du commissariat d’Auch prévoit 11 officiers de police judiciaire. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que deux. Autant vous dire que c’est particulièrement compliqué. Heureusement, nous avons une hiérarchie bienveillante qui met la main à la pâte. Il faut vraiment comprendre que nous sommes aujourd’hui en grande difficulté. »

Des moyens qui fondent, mais une charge de travail qui augmente…

« La charge de travail augmente avec un nombre de gardes à vue plus important. La délinquance augmente à Auch, comme quasiment partout en France : c’est un phénomène national. Et malheureusement, nous avons de plus en plus de mal à faire face, au sein de la police judiciaire, et ça, ce n’est pas normal. »

Ces difficultés ont-elles un impact sur les délais de traitement des plaintes ? 

« Parmi les conséquences on a des délais rallongés pour traiter les plaintes et apporter une réponse aux victimes, compte tenu des difficultés auxquelles nous faisons face. Nous traitons bien évidemment en priorité toutes les affaires liées aux atteintes aux personnes : comme les violences intrafamiliales, les agressions sexuelles, les viols, les violences. »

La problématique n’est pas nouvelle. Vous avez déjà alerté à de nombreuses reprises. Malgré tout, la situation reste inchangée, voire s’est aggravée. Y a-t-il un sentiment de dépit ?

« C’est difficile de ne pas se sentir abandonnés. On a beau faire remonter les informations, avec un directeur qui se bat pour obtenir des effectifs, mais rien ne bouge. Et la situation empire, car à force de trop tirer sur la corde… elle finit par lâcher. On est vraiment arrivés à un point de rupture. Je suis au commissariat d’Auch depuis un an et demi et je suis atterré de voir dans quelles conditions travaille la Police judiciaire, alors que j’ai exercé pendant 18 ans en région parisienne, dans des secteurs où la délinquance était très forte et étendue. Il y avait déjà des problématiques d’effectifs, car c’est une difficulté nationale, mais pas à ce niveau-là. Ici, on est vraiment au bord du gouffre.

Vous demandez donc des renforts dans les plus brefs délais ?

« Des renforts dans les prochains jours, ce serait incroyable, mais il ne faut pas rêver. Il ne devrait pas y avoir d'arrivée au plus tôt avant le 1er septembre. Autant vous dire que septembre, c’est encore très loin. Si j’avais une baguette magique, j’ouvrirais au moins trois postes d’OPJ pour le commissariat d’Auch. De mon côté, j’active tous mes réseaux, avec le syndicat, pour tenter de faire venir de jeunes fonctionnaires de police qui souhaiteraient travailler dans le Gers. »

Votre syndicat appelle à des “mobilisations citoyennes” dans de nombreuses grandes villes du pays le 31 janvier pour alerter sur le manque de moyens au sein de la police nationale. Comptez-vous vous mobiliser ?

« Le syndicat Alliance appelle à des rassemblements citoyens le 31 janvier. J’invite tous les citoyens gersois qui se sentent concernés par nos problématiques à nous rejoindre sur Toulouse, le 31 janvier à 11 heures, devant la préfecture de région. Le syndicat Alliance 32 sera présent aux côtés de nos collègues du 31. J’appelle vraiment à nous soutenir, on en a vraiment besoin. »

E.R

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