Le centre de tri interdépartemental de Masseube devrait voir le jour début 2026

11 juillet 2024 à 07h36

Top départ pour le centre de tri interdépartemental de Masseube. L'équipement, qui traitera plus de 30 000 tonnes de déchets recycables du Gers, des Hautes-Pyrénées et de Haute-Garonne, a vu ses travaux débuter cette semaine. Livraison attendue début 2026.

A défaut de faire l'annonce en grande pompe Francis Dupouey a sorti le fusil à pompe. « Je vais être un peu sèvère » prévient le président du syndicat de gestion des déchets Trigone, « nous avons été harcelés en permanence parce que, pour faire simple, on ne veut plus rien faire ». Ce « on » désigne les réfractaires, associations de riverains ou d'amis de la nature, qui en prennent pour leur grade, eux qui « enfument » et font jouer le jeu de la démocratie contre l'avancement du projet de nouveau centre de tri interdépartemental de Masseube. La structure devrait pourtant voir le jour, avec des travaux débutés cette semaine plus de huit ans après les balbutiements du projet, qui réunit trois parties prenantes à l'échelle du Gers (Trigone), des Hautes-Pyrénées (SMTD65) et du Comminges haut-garonnais (Systom pyrénéen).

Le train des camions est en marche

« On nous a souvent reproché de ne pas communiquer » s'agace celui qui est aussi président de la nouvelle société de gestion de l'établissement massylvain (Tri-O), et qui a donc entrepris de faire savoir à qui veut l'entendre que les premières clôtures étaient en cours de pose à l'entrée de la bourgade gersoise. A terme – fin 2025, début 2026 – le centre de tri de 8279 m2 traitera 35 000 tonnes de déchets, acheminés en camion depuis trois départements via la D929. C'est cet axe, « une belle route, même meilleure que les nationales » qui fait l'objet des plus grandes frustrations chez les opposants, qui annoncent un surplus de soixante-dix poids lourds au quotidien. Des chiffres démentis avec ardeur par Francis Dupouey « c'est de la désinformation » (en cinq syllabes bien articulées), « ce n'est pas au-delà de trente-cinq camions ! Il en arrivera vingt-trois des Hautes-Pyrénées et de Haute-Garonne qui rentreront dans Masseube, et le reste du Gers qui n'y rentreront pas ». Soit une augmentation de 10% du trafic par jour.

Faute de train pour transporter les déchets, la route reste pour l'heure la meilleure option. Le train est par contre lancé du côté des travaux, et il était temps à en croire le président de Tri-O qui regrette une économie « d'au moins cinq ou sept millions d'euros » si les recours successifs n'avaient pas retardé l'arrivée des grues de deux ou trois ans. Les permis de construire et l'autorisation d'exploiter étant entre les mains de la société depuis un an, l'engagement des banques privées – Banque Postale et Caisse d'Epargne, porteurs de quinze des trente millions d'euros nécessaires – était attendu. C'est chose faite, et la période estivale, plus propice au terrassement, permet le lancement des grandes manœuvres. Il a été décidé de faire fi des reproches des opposants au projet, qui ont lancé un recours, non-suspensif, devant le tribunal administratif de Pau l'an passé. De quoi faire sourire Francis Dupouey qui voit tout au plus dans l'éventuelle partie de tennis de table réglementaire à venir – décision du T.A palois et appel à Bordeaux – un amusement parallèle au début … et à la fin de la construction du site, attendue dans quinze à dix-huit mois.

« Pour une fois qu'on va avoir un bel outil dans le Gers … »

Evidemment, en sa qualité d'élu (il est maire de Clermont-Pouyguillès), Francis Dupouey n'oublie pas de mettre en exergue le besoin d'un nouveau centre de tri pour remplacer le vétuste équipement actuel en place à Auch. « Qu'il réponde humainement au personnel », victime de la pénibilité de l'emploi au sein d'un site vingtenaire. Qu'il respecte aussi les normes et engagements liés au risque d'incendie, histoire de laver plus blanc que blanc. « Nous avons des gens de grande qualité qui ont travaillé dessus. Sur le fond c'est un dossier de grande qualité, reconnu, puisque nous avons le permis de construire et d'exploiter ». Le tout dans le Gers, alors que le centre de tri aurait pu voir le jour à Castelnau-Magnoac, non loin de là, mais dans une autre page du mille-feuille administratif français. « Pour une fois qu'on va avoir un bel outil dans le Gers … » lance Francis Dupouey, cette fois sous la casquette de membre de la commission infrastructure du Département du Gers. « Cette activité va générer une activité sur Masseube : quinze emplois. Pour tout ce qui est le commerce : le restaurant, le bureau de tabac, les journaux. Ce sont des gens qui vont venir tous les jours travailler et cela ne peut qu'amener une économie qui rendra service au territoire, non pas qu'à Masseube mais de Saramon à Mirande, sur le territoire de l'Astarac ».

Le coût, trente millions d'euros, peut faire grincer des dents. Financé à moitié par la banque des territoires et pour trois millions par l'Agence de la Transition Ecologique (ADEME), le centre de tri interdépartemental ne devrait pas occasionner de fièvre sur la facture du particulier, avec un coût estimé du déchet à deux-cents euros la tonne hors refus, prix qui a déjà cours à l'heure actuelle dans le Gers. Hors refus, car une part non-négligeable des déchets font leur chemin de manière indue dans la poubelle jaune sans pouvoir être réhabilitée, et se retrouve donc réorientée vers les sites d'enfouissement, aux frais du contribuable. « Bien trier ça évite le coût et c'est du respect pour ceux qui travaillent sur la chaîne » argue Francis Dupouey, en évoquant certains rebuts franchement émétiques – cadavres d'animaux en premier lieu. Derrière la question du centre de tri, nécessaire selon le président de Tri-O, se pose celle des décharges, « exutoires » à ordures ménagères (la poubelle noire), dont les sites de Le Houga et de Pavie, à l'article de la mort à l'horizon 2030. C'est le défaut de ces équipements qui pourrait faire grimper le tarif de la TGAP (taxe générale sur les activités polluantes) et incidemment la taxe d'enlèvement du citoyen gersois dans les années à venir.


V.M

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