Foie gras de synthèse : « Hors de question qu'ils s'accaparent le terme foie gras »


29 juillet 2021
Alors qu'une startup envisage de commercialiser prochainement du foie gras de synthèse, la filière, notamment dans le Gers, dénonce un coup « marketing » et rappelle que l'appellation « foie gras » est strictement réglementée. Benjamin Constant, président de l’Association gersoise pour la promotion du foie gras et de l’aviculture, et éleveur dans le Gers, craint pour la filière.
 
L'émancipation de ces startups, est-ce un nouveau coup porté à la filière traditionnelle ?
Non. C'est encore une fois, d'un point de vue marketing, des gens qui veulent faire du business sur un produit noble. On entre dans une ère gastronomique dangereuse. Produire de la viande cellulaire, c'est mentir au consommateur sur la nature du produit.
 
Ce produit, d'un point de vue culinaire et esthétique, peut-il vraiment concurrencer le foie gras tel qu'on le connaît ?
Ça fait quelques années que des entreprises essaient de sortir un produit pour essayer de concurrencer le foie gras authentique. D'un point de vue économique et éthique, ils n'y arrivent pas. Le foie gras, c'est une oie ou un canard engraissé, par phases de gavage, pendant une dizaine de jours. Donc il est hors de question qu'une quelconque entreprise s'accapare le terme de « foie gras » en faisant des expériences chimiques ou moléculaires pour faire du business. Il ne faut pas jouer aux apprentis sorciers.
 
Ce sont les pratiques de production traditionnelle, de plus en plus critiquées, qui ont poussé à la création de ces startups?
Depuis deux ans on se fait taper dessus en qualifiant nos pratiques d'agriculture industrielle. Finalement, ces dernières startups prouvent bien qu'on a quand même les pieds sur terre. Cette minorité de la population, c'est à peine 2%, qui veut imposer un nouveau mode de consommation et créer un nouveau business. Nous, nous sommes dans l'évolution et on essaie de répondre à nos consommateurs sur nos pratiques de production. On voit en tous cas qu'il y a deux éléments graves au niveau européen : on cherche à nous imposer des nouveaux modes de consommation et nous enlever nos moyens de produire de la viande. On entre dans une période dangereuse, alors que la souveraineté alimentaire est très importante.
 
New-York va interdire la consommation de foie gras dès 2022 et veut trouver des « alternatives à l'agriculture conventionnelle ».
Ce qu'il se passe aux États-Unis, c'est un sujet vraiment américain avec des procès en place. On n'exportait presque rien là-bas. Dans notre métier, on est attaqués car il y a un manque de communication et de compréhension. Dans nos sociétés, il y a de nouveaux consommateurs avec des attentes différentes. Il y a aussi des gens qui n’aiment pas votre produit et je l'entends. Mais l'imposer, ça me pose un problème au niveau de la liberté de choix qu'on doit avoir en alimentation.
N.M
 
 

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