Les Hautes-Pyrénées seront bien représentées dans les Alpes italiennes ces deux prochaines semaines. Douze ans après Marie-Laure Brunet elles seront deux Bigourdanes au sein de la large sélection française envoyée aux Jeux Olympiques de Milan-Cortina : Luna Goureau en bobsleigh et Anaé Simon en hockey sur glace.
Terre de sports d'hiver, les Hautes-Pyrénées sont plutôt réputées pour leurs domaines skiables, bien enneigés alors que se profilent en fin de semaine le début des Jeux Olympiques de Milan-Cortina. C'est pourtant sur la glace que le département rayonnera depuis l'Italie et en mondiovision, grâce à deux jeunes athlètes aux parcours atypiques qui les ont menées du tartan et du plastique moulé à l'eau gelée des patinoires et pistes de bobsleigh.
« Mais je connais pas le bob, je sais pas ce que c'est »
Pour Luna Goureau, l'aventure olympique a débuté sur les pistes d'athlétisme, plus orientées vers les Jeux Olympiques de Paris ou de Los Angeles que ceux de Milan-Cortina. Spécialiste plurielle de l'heptathlon, la pensionnaire du Tarbes Pyrénées Athlétisme s'y illustre particulièrement au lancer de poids et sur les haies où ses qualités de puissance bien utiles ne passent pas inaperçues. En 2024, la septième des Championnats du Monde Juniors de Cali en 2022 est approchée par Bruno Mingeon, le sélectionneur national du bobsleigh, médaillé olympique à Nagano en 1998. « Ca faisait deux ou trois ans qu'il était sur moi, qu'il regardait mes performances en athlé » se remémore Luna Goureau. « Et puis un jour il a appelé mon président de club, mon papy, qui m'ont appelé. Il m'a dit ''est-ce que tu veux faire des tests de bob ?'', et moi je leur ai dit ''mais je connais pas le bob, je sais pas ce que c'est, à quoi ça sert'' ». Ses connaissances de la discipline s'arrêtent à Rasta Rockett mais ne l'empêchent pas d'intégrer l'équipe de France dès l'été suite à des championats de France de poussés réussis (3ème).
Si Luna Goureau a pris la tangente tardivement, à 21 ans, Anaé Simon, elle, a poursuivi son rêve de glace très tôt. Née à Lannemezan, rien ne prédisposait vraiment la jeune femme à intégrer la première équipe de France olympique féminine de hockey sur glace. A Cauterets, le seul club du département ne possède pas de patinroire aux normes standards du sport et c'est à l'export qu'Anaé Simon a pu réaliser sa transition depuis le roller-hockey. Avant les patins à glace, c'est sur les roulettes que la néo-olympienne débute l'aventure hockey au sein des Desmans, le club tarbais. Pierre Baron, son premier entraineur se souvient : « Anaé ce n'était pas une personne qu'on pensait aller si loin, surtout pas à ce niveau là. Mais elle a toujours travaillé, toujours bossé, toujours mis beaucoup d'efforts dans ce qu'elle faisait ». Dure au mal et membre d'une génération au sein de laquelle plusieurs joueurs ont aussi fait la transition, dont les deux fils de Pierre Baron, elle rejoint La Roche-sur-Yon à seulement 12 ans, seule avec sa crosse et son rêve. La passerelle, empruntée par d'autres avant elle, mène rarement au plus haut niveau. « C'est rare, plein ont tenté, peu ont réussi. C'est une exception d'arriver aussi loin » confirme l'ancien président du Tarbes Roller-Hockey.
Le long chemin vers le haut-niveau
Dans son dernier post sur les réseaux sociaux à quelques heures de l'entrée en lice des Bleues face à l'Italie, Anaé Simon remercie ses parents « de l'avoir laissé rêver », elle la petite fille qui « disait qu'elle voulait faire les Jeux Olympiques ». Un songe impossible à matérialiser sur des rollers et qu'elle aura bringuebalé aux quatre coins de la France. La Roche-sur-Yon d'abord, Chambéry ensuite, au pôle France féminin, puis Caen et son pôle masculin où la Lannemezanaise joue avec les garçons. La « grosse bosseuse » met toutes les armes de son côté pour s'imposer au plus haut niveau, dans un sport déjà peu médiatisé en France, moins encore pour le beau sexe. Pierre Baron, avec qui l'attaquante aujourd'hui au club de Lyon échange toujours, se débrouille pour voir « quelques matchs », et se réjouit de voir « une fille des Hautes-Pyrénées » représenter l'équipe de France, qui bénéficiera d'une visibilité rare à l'occasion de ces Jeux Olympiques disputés à Milan.
Côté Cortina d'Ampezzo et sa piste Eugenio-Monti, la visibilité médiatique encore moins marquée hors période olympique du bobsleigh bénéficiera comme tous les quatre ans de la présence d'un équipage jamaïcain, gage d'exotisme. TV ou pas, Luna Goureau savoure sa sélection. « Jusqu'à maintenant je n'avais pas fait beaucoup de performances ni de sport à haut-niveau. Donc le fait d'être aux Jeux c'est une grosse opportunité, même en tant que remplaçante ». Après moins de deux ans de pratique, la pousseuse tarbaise a vite pris le pli malgré des débuts … agités. Elle en rigole. « Ma première descente je ne l'ai pas kiffée du tout. Il y avait beaucoup de bruit, ça allait très vite, ma tête tapait partout, j'avais mal aux cervicales. En sortant du bob je n'étais pas bien, je suis tombée par terre et ma pilote me regarde et me dit ''tu sais ma grande on va remonter et en faire une deuxième''. » Une deuxième, et beaucoup d'autres par la suite, sur presque toutes les pistes du monde, de Lillehammer (Norvège) à Winterberg (Allemagne), dont cinq en Coupe du Monde cette année, pour construire sa carrière individuellement et collectivement. « Je trouve que le bob c'est vraiment un sport d'équipe » explique-t-elle, « si tu n'es pas bien avec ta pilote c'est très compliqué pour la suite ».
Entre amertume et excitation olympique
Malgré la bonne entente trouvée avec sa pilote, Margot Boch, Luna Goureau ne sera cette année que remplaçante des descentes olympiques. Alignée sur la majorité des étapes hivernales après une grave blessure en août, l'ex-heptathlonienne doit céder sa place à Carla Sénéchal, la pousseuse historique du bob tricolore. « J'ai eu un peu de mal sachant que j'ai été la meilleure toute la saison » reconnaît la Bigourdane. « Ils ont préféré l'ancienneté à la performance cette année parce que ce sont mes premiers J.O, j'ai à peine deux ans de bob. C'est un petit peu amer mais c'est l'esprit du sport ». Belle joueuse, elle regarde déjà vers 2030 et les Alpes Françaises, hôtes des prochains Jeux. Son rôle à Cortina n'est toutefois pas terminé, puisque son épreuve n'est prévue qu'à la fin du programme, dans deux semaines. « On n'est pas à l'abri que le coach change de pousseuse au dernier moment s'il y a des petits pépins ». Et contrairement aux épreuves alpines ou nordiques, l'entretien et la préparation du matériel n'incombe pas à une quelconque équipe technique.
« Le bob c'est pas juste tu t'échauffes, tu sautes et tu freines, c'est plus que ça » assure Luna Goureau. « La veille de chaque compétition on reste 3h30 sur le bob pour poncer les patins. On commence à poncer au 180, on monte jusqu'au 10 000 (taille du grain du papier à poncer) et on doit faire cinquante coups avec chaque papier. Pour moi qui suis fanatique des voitures depuis petite c'est super ». Une préparation aux petits oignons qui peut faire la différence entre une sixième place et un podium, au moins autant que la performance physique à effectuer au départ, sur une cinquantaine de mètres de poussée. Entre l'entretien physique et la manutention la jeune femme de 22 ans prend aussi le temps de s'imprégner de l'ambiance olympique. « C'est grandiose » exprime-t-elle au début d'une interview tenue au milieu du barnum de Cortina, durant laquelle elle sera interrompue pour échanger des pin's aux couleurs nationales, activité prisée des athlètes sous les anneaux. « Il me faut l'Ukraine, les USA mais je l'ai ce soir je lui ai demandé, et le Canada » sourit la pousseuse dans le brouillard matinal de la station vénétienne.
V.M