Abattage de canards à Lartigue : "J'ai pris un sacré coup derrière la tête" lâche un éleveur


06 avril 2021
Nettoyage, désinfection des bâtiments, vide sanitaire. Depuis la fin du mois de mars, Antonin Penche -un éleveur gersois niché dans la campagne de Lartigue- avoue prendre « un coup de massue ». Son exploitation, comme de nombreuses autres du département du Gers, a subi ce que les autorités appellent un « dépeuplement ». À savoir l’abatage de ses canards, soumis au risque de transmission du virus hautement pathogène H5N8. Une épizootie de grippe aviaire bien plus tenace que les précédentes, freinant le train de vie des exploitants gersois depuis la fin d'année dernière. Dans son exploitation, Antonin a vu 600 de ses canards être abattus par les services sanitaires. « La moitié des canetons avait dix jours, l'autre dix semaines. On pense toujours que ça va arriver chez les autres et pas chez soi. Il s'avère que je me suis trompé. C'est douloureux à vivre ». La ligne fictive tracée entre Marciac et Condom pour faire barrière et endiguer la propagation du virus grâce à la solidarité des éleveurs, aura bien permis de retarder la progression du virus, mais pas de la stopper. « On a cru que ça s'arrêterait mais c'est remonté depuis les Hautes-Pyrénées. On ne s'y s'attendait pas. D'autant qu'aucun foyer n'a été détecté chez moi ». Par mesure de précaution, les autorités sanitaires ont dû procéder au dépeuplement de la zone puisque le village où réside Antonin, à Lartigue, est mitoyen de Castelnau-Barbarens, commune où un foyer venait d'être détecté quelques jours plus tôt.
 
«Moins de canards l'hiver » préconise le CIFOG
Sur le flanc des déclarations, Julien Denormandie, ministre de l'agriculture, « attend des pistes d’amélioration pour la fin avril ». Le CIFOG de son côté, préconise « d'élever moins de canards l'hiver en plein air, au risque de l'influenza aviaire ». Des déclarations que peine à comprendre Antonin. « J'ai du mal à voir une solution positive. L'équation est complexe. On va faire du canard en claustration tous les ans, sans dérogation possible et l'image du canard élevé en plein air en prend un coup. Pour nous, c'est dans notre ADN de les avoir dehors. Puis garder un seuil d''élevage de taille modeste pour pouvoir les garder dehors, c'est compliqué, on va demander des dérogations sur des petites structures ». D'une situation qu'il qualifie de « dure à gérer », Antonin vante néanmoins la solidarité entre éleveurs depuis le début de la crise aviaire. « C'est ce qui s'est passé avec les éleveurs du canton. J'ai eu un gros soutien d'éleveurs du syndicat des producteurs à la ferme. Ils m'ont aidé à valoriser les canards que j'avais dans la salle de gavage pour qu'ils ne soient pas dépeuplés ». Selon ses dires, Antonin a perdu un tiers de sa production. « 30 000 euros de foutus en l'air ».
 
Filmer l'envers du décors ?
Antonin Penche -appelé aussi le Paysan de Baylac- est connu dans le département du Gers pour filmer sa méthode de travail au quotidien. S'il dit avoir pris un « sacré coup » après le dépeuplement d'une partie de son exploitation, il n'entend pas arrêter ses vidéos sur les réseaux sociaux. « Je vais continuer parce que j'ai la chance d'avoir des brebis et des vaches dans mon exploitation, j'ai pu me diversifier et ce n'est pas le cas de tout le monde. Je continuerai à montrer cet aspect mais, montrer des gars habillés en cosmonautes venus abattre mes palmipèdes, cette image-là, on va s'en passer ».
 N.M
CP : FB

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