Vainqueur de la course fauteuil du Marathon de Paris à 22 ans, Thibault Daurat, grand espoir du para-athlétisme français, se confie

À 22 ans, Thibault Daurat continue de marquer les esprits. Vice-champion du monde du 5 000 mètres en septembre dernier, l’athlète gersois a remporté dimanche la course fauteuil du prestigieux Marathon de Paris, avec la manière, et plus de quatre minutes d’avance sur son compatriote Julien Casoli, sextuple vainqueur de l’épreuve. Entretien avec ce grand espoir du para-athlétisme français :

Thibault, cette victoire sur le Marathon de Paris a-t-elle un goût de revanche après votre 2e place de l’an passé, où vous aviez été battu d’une petite seconde ?

« On est à J+3 et il y a toujours de l’émotion. C’était clairement une revanche pour moi. L’an dernier, je termine 2e à une seconde de la première place, c'était tellement frustrant. Sur les dix premiers kilomètres, j’étais derrière mes adversaires et je repensais beaucoup à cette course de l'an passé. Puis je me suis dit que je ne pouvais pas refaire la même erreur. J’ai eu un déclic, j’ai accéléré et j’ai pris mon courage à deux mains pour tenir les 32 derniers kilomètres. Au départ, je voulais simplement gagner, mais là, j’ai frappé encore plus fort en devançant de près de quatre minutes celui qui avait gagné le marathon six fois d’affilée (NDLR, Julien Casoli). C’est une victoire qui récompense mon travail à l’entraînement. C’est une belle revanche et que du bonheur. »

Physiquement, cela n’a pas été trop dur sur un parcours réputé très exigeant, notamment en course fauteuil ?

« Je savais qu’en partant, j’allais rouler fort longtemps et que j’allais avoir mal. J’en étais conscient, d’autant que mon handicap est assez spécifique. Contrairement à beaucoup de mes concurrents paraplégiques, qui n’ont pas de sensation dans les jambes, moi, quand je pousse, ma jambe se contracte. Sur de longues distances comme le marathon, à force de répétitions sur les ischios, j’ai de grosses crampes. Je suis obligé de faire avec. Mais à chaque objectif, je mets la douleur de côté. À l’arrivée, au moment de me transférer dans mon fauteuil de ville, ma jambe était tellement contractée que je ne pouvais plus la bouger. J’ai dû faire du kiné très rapidement pour retrouver de la mobilité. »

C’était un des grands objectifs de votre saison ?

« C'était l'un des grands objectifs de la saison, dans une année plutôt calme. Hormis le grand meeting annuel en Suisse en fin mai où il faudra réaliser de gros chronos. Il devait y avoir des Championnats d'Europe, mais c'est encore en suspens. L’année prochaine sera beaucoup plus chargée, à un an des Jeux olympiques, avec de grosses échéances et des temps de référence à aller chercher. Mais je ne suis pas inquiet : je fais totalement confiance à mon coach et à celui de l’équipe de France pour être au top lors de l’échéance olympique. »

Comptez-vous défendre ce titre l’an prochain ?

« L’an prochain, je referai le marathon, avec l’objectif de battre le record de l’épreuve, qui est de 1 h 29. Si je pars vite dès le départ, c’est un chrono que je peux aller chercher. On va travailler là-dessus avec le coach. »

Souhaitez-vous vous mesurer à d’autres marathons prestigieux, comme New York ?

« Je devais m’aligner sur le Marathon de Londres, mais ça ne s’est pas fait : le timing était trop serré avec le meeting en Suisse. Avec mon staff, on n’a pas voulu prendre de risques ni générer de sur-fatigue. L’an prochain, je vais discuter avec mon club et mon coach pour essayer de faire deux ou trois marathons dans l’année. Gagner Paris, c’était important, mais remporter un jour New York ou Londres, face à des légendes comme Marcel Hug, qui boucle ses marathons en 1 h 25, ce serait énorme. Il va falloir que je me confronte à l’international, c’est un passage obligé dans une carrière de haut niveau. »

Vice-champion du monde du 5000 m, champion de France du 10 km, vainqueur du Marathon de Paris : on vous sent en pleine possession de vos moyens. Est-ce lié à votre nouveau fauteuil de course ?

« Oui, je me le suis vraiment approprié. Au début, j’avais un peu d’appréhension dans les virages. Maintenant, je n’ai plus peur, même à 50 km/h ou plus en descente. Le fauteuil et moi, on ne fait qu’un. »

Une victoire que vous dédiez à votre staff, clé de votre réussite ?

Je remercie énormément mon club Auch Handi : sans eux, le financement de l’année aurait été compliqué. Je remercie aussi mon coach pour le temps et les sacrifices qu’il consacre au quotidien. Merci également au département du Gers et à la ville d’Auch pour les infrastructures mises à disposition, qui me permettent de m’entraîner dans de bonnes conditions. Et merci à tous les Gersois pour leur soutien, notamment sur les réseaux : ça me touche beaucoup et ça me motive encore plus. »

E.R