Tarn-et-Garonne : le président du comité départemental de judo écrit au Premier Ministre


29 décembre 2020

Une lettre pour exprimer sa « colère ». Lionel Quillet, le président du comité départemental de judo jujitsu du Tarn-et-Garonne (environ 2.000 licenciés) va envoyer cette semaine un courrier au Premier Ministre. Ce professeur de judo au club de Montech pointe le manque de concertation entre le gouvernement et « le terrain » au sujet de l'élaboration du protocole sanitaire suite au coronavirus. Depuis plusieurs semaines, les adultes non professionnels ne peuvent par exemple plus se rendre sur les tatamis. Par cette lettre, Lionel Quillet veut alerter le gouvernement sur la situation que traverse sa discipline, mais également le monde sportif en général :

« Bien entendu, je comprends les difficultés du gouvernement à gérer une crise comme celle que l'on vit. Mais ce qui me gène le plus, c'est que les directives descendent directement du gouvernement vers les clubs. Et à aucun moment, nous avons pu nous exprimer pour proposer des solutions réalisables en zones rurales, et pas forcément dans les cités. Pourquoi nous ne pouvons pas dialoguer pour que les choses puissent se faire en bonne entente, en intelligence, et dans la confiance ? C'est le maître-mot pour moi.»

A l'heure actuelle, seuls les mineurs ont pu reprendre la pratique du judo dans les clubs depuis le 15 décembre dernier. Mais l'activité doit se dérouler dans des règles strictes, comme par exemple le respect d'une distanciation de deux mètres entre les jeunes judokas. Une règle de zéro contact qui n'est pas en adéquation avec la pratique d'un sport de combat, et que Lionel Quillet trouve même injuste :

« Je m'interroge, j'ai croisé de jeunes judokas dans un supermarché. Ils n'étaient pas à deux mètres l'un de l'autre et se mélangeaient à une population plus ou moins masquée. Je ne veux pas de mal aux commerçants, mais il y a un deux poids, deux mesures ! »

Le président du comité départemental de judo jujitsu du Tarn-et-Garonne estime que des solutions peuvent être trouvées pour concilier le maintien de la pratique sportive et un respect des règles sanitaires :

« Nos enseignants de judo ont des idées à proposer pour gérer cette crise sanitaire. Par exemple avec des adultes, on pourrait continuer à travailler en binôme, mais toujours avec le même partenaire en se partageant les secteurs du tatamis. Comme cela, un soucis peut très vite être repéré. »

Lionel Quillet craint également un avenir sombre sur le plan financier pour de nombreux clubs de sa discipline. Rien que pour la saison 2019-2020 lors de la première vague, la Fédération Français de Judo estimait à 2,9 millions d'euros la perte financière au niveau national, et à près de 11.000 la baisse du nombre de licenciés.

F.P.

Crédit photo : markuzsm de Pixabay

La lettre ouverte de Lionel Quillet :

Monsieur le Premier Ministre,

Samedi dernier les comités du Lot et du Tarn et Garonne organisaient un stage de mise à niveau pour les enseignants professionnels des deux départements. L’ambiance y était bien triste et notre Conseiller Technique Fédéral qui animait ce stage avec plusieurs spécialistes de haut niveau, voit disparaître insensiblement la place du judo (comme d’autres sports) dans les activités extra-scolaires (au niveau national, ce sont des dizaines de milliers de licences en moins tous sports confondus !).

A cette morosité je viens ajouter ma colère de voir notre respect des règles sanitaires, notre culture séculaire de l'hygiène et du respect de l'autre ignorés par vos services. Ma colère aussi de voir les représentants départementaux de l'état ne fonctionner que dans le sens de l'information descendante sans relayer auprès du gouvernement la réalité de l'enseignement du judo en zone rurale. En effet dans nos dojos ruraux, les groupes de jeunes judokas sont souvent les mêmes qu'à l'école, ce sont les mêmes cohortes et à ce titre l'interdiction qui nous est faite de faire cours (en respectant bien sûr un strict protocole sanitaire ayant fait ses preuves au sein des clubs de judo qui ne dénombrent aucun cluster !) nous semble particulièrement injuste et cruelle car certains de nos clubs ne s'en relèveront peut-être pas !
Bien sûr la tâche du gouvernement est très complexe et les prises de décisions douloureuses mais comment ne pas être choqué en croisant des petits judokas dans les supermarchés ou les transports avec des règles sanitaires plus que contestables ! Où est le vrai danger ?

Les familles nous interpellent régulièrement pour savoir quand nous reprendrons les cours. Notre discipline, en dehors de l’aspect sportif, a un rôle éducatif reconnu, et souvent les familles inscrivent leurs enfants sur les conseils des professeurs des écoles ou des médecins pour cet aspect de l’enseignement du judo. Le judo n’est enseigné, sous l’égide de la Fédération Française de Judo, que par des éducateurs diplômés.

Cerise sur le gâteau, le 15 décembre nous pouvons reprendre les cours en respectant deux mètres d’écart entre nos jeunes…avec cette mesure, pourquoi avoir arrêté pendant le confinement ? Il n’y avait aucun risque ! Certe, dans ces conditions on ne pratique plus vraiment le judo …mais, au moins, on se retrouve avec nos jeunes élèves !

La stigmatisation du sport par le gouvernement en en faisant une simple garderie est insupportable !

Pour toutes ces raisons je ne comprends pas le manque de concertation avec les gens du terrain. Comme j’ai l’habitude de le dire, il y a les judokas des villes et les judokas des champs, pour lesquels les conditions d’entraînements et les contraintes ne sont pas les mêmes, mais nos enseignants sont des gens responsables et capables de s’adapter, ils en ont donné la preuve depuis le début de cette pandémie !

Alors voilà pourquoi, Monsieur le Premier Ministre, je suis en colère de voir que l’on ne nous fait pas confiance. c‘est peut-être là le maître mot : le manque de confiance.

Conscient de la difficile tâche qui est la vôtre, je vous souhaite bon courage pour la suite… et n’hésitez pas : rencontrez des judokas, ils vous étonneront !

Respectueuses salutations,

Lionel QUILLET,

Président du Comité Départemental de Judo, Jujitsu et Discipline Associées du Tarn et Garonne

Ceinture noire 2°dan et enseignant de Judo Jujitsu

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