Pour lutter contre la désertification médicale, le Conseil Départemental du Gers va créer un "Centre Départemental de Santé" avec des médecins salariés


25 février 2021

"Ce pourrait être un tournant dans la stratégie de lutte contre la désertification médicale." Le président du Conseil Départemental du Gers, Philippe Martin, a annoncé mercredi 24 janvier, en marge du Conseil départemental d'analyse et de vigilance COVID-19 (CDAV), la création à l'horizon début 2022 d'un "Centre départemental de Santé". Malgré les différentes initiatives mises en place depuis plusieurs années par les différents acteurs du territoire pour lutter contre le fléau de la désertification médicale, la situation reste toujours préoccupante avec une chute de médecins généralistes, 41 ces 10 dernières années dans le Gers. Autre chiffre éloquent qui est révélateur de la gravité de la situation, la moyenne de médecins pour 1000 habitants. Dans le Gers, elle est évaluée à 2.45 médecins pour 1000 habitants, une moyenne très en dessous de la moyenne régionale et nationale (moyenne en Occitanie : 3.56 et niveau national : 3,38). Un constat qui pousse le département à passer à la vitesse supérieure dans son action, en devenant le premier département de la région à salarier des médecins. Jerôme Samalens et Charlette Boué, conseillers départementaux, présentent plus en détails ce projet.

Comment est né l'idée de créer ce Centre Départemental de Santé ?

Charlette Boué, vice-présidente du Conseil départemental du Gers. "En tant qu'élu, on est interpellé souvent par les citoyens de nos territoires, car les gens n'ont plus de médecins référents, et ils ne savent pas où s'adresser. Et souvent, quand ils s'adressent aux médecins qui restent, ils sont en surchage et ne peuvent pas prendre de patients supplémentaires. Face à ce manque de médecins, nous avons d'abord pensé au dispositif Dites32 pour inciter les internes en médecine à venir sur le Gers. On voit bien que c'est une étape, mais que ce n'est pas suffisant. Nous avons donc pensé à regarder ces modèles qui existaient ailleurs, et nous pensons que ce centre départemental de santé est la solution pour avoir des médecins sur le territoire."

Où en est le projet ?

Charlette Boué, vice-présidente du Conseil départemental du Gers. "Pour l'heure, on en est à la phase de faisabilité. Il va être validé en commission pleinière vendredi. Ensuite, nous allons recruter un chargé de projet qui va établir un diagnostic du territoire pour repérer les lieux d'implantation et continuer le partenariat avec les maires et toutes les instances. On espère pouvoir mettre en place les premiers centres territoriaux de santé en janvier 2022."

Quelle a été la réaction des médecins libéraux du département face à ce projet ? Est-ce qu'il n'y a pas eu la crainte d'une concurrence ?

Charlette Boué, vice-présidente du Conseil départemental du Gers."Il y avait peut-être quelques inquiétudes au départ. Mais on les a rencontrés, on a répondu à toutes leurs questions, et on les a vite rassurés. On a vraiment pas la volonté de les mettre en difficulté, mais au contraire de les soulager, et surtout de répondre aux besoins des habitants. Aujourd'hui, il y a des personnes qui renoncent aux soins faute de médecins, avec toutes les conséquences que cela peut avoir. Quand on retarde une consultation, les pathologies peuvent s'aggraver et arriver jusqu'à l'hospitalisation, alors qu'une telle situation aurait pu être évitée. Il fallait donc vraiment faire quelque chose."

Quels sont les avantages de ce statut de "médecin salarié" ?

Jêrome Samalens, Conseiller Départemental. "Cela offre une opportunité d'exercice qui n'existe pas ou existe très peu sur le territoire. Ca permet à des médecins qui ne veulent pas ou qui ne veulent plus exercer en libéral de trouver la possibilité de continuer à faire leur métier, mais dans un autre cadre, avec uniquement la possibilité de faire ce pourquoi ils ont été formés c'est-à-dire de la médecine. L'idée du centre départemental de santé, c'est de prendre en charge pour les médecins qui exerceront dans nos centres de santé toute la partie administrative, RH, juridique, à notre compte, et leur permettre d'exercer uniquement et seulement la médecine. Encore une fois, cela s'oppose pas à la pratique libérale, mais ça vient offrir une opportunité de plus pour les médecins de travailler dans de nouvelles conditions."

Un médecin qui sera salarié au sein du Centre départemental de Santé pourra-t-il exercer également en libéral ou en établissement hospitalier ?

Charlette Boué, vice-présidente du Conseil départemental du Gers."Il y a de réversibilité et de la souplesse au niveau des conditions de travail puisqu'il peut y avoir des contrats mixtes. Un médecin peut-être salarié et travailler en libéral ou travailler dans un hôpital. Il y a vraiment cette souplesse qui permettra d'avoir des médecins par exemple en cumul emploi-retraites, ne souhaitant plus travailler autant qu'il travaillait en libéral."

E.R

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