Grippe aviaire : « on est à nouveau sur une crise sans précédent », la Confédération paysanne du Gers tire la sonnette d’alarme


06 janvier 2021

Après les Landes ou encore les Hautes-Pyréneés, c'est au tour de la filière avicole gersoise d'être de nouveau touchée par la grippe aviaire (influenza aviaire). Un foyer a été détecté lundi dans un élevage de 12.000 canards situé à Sainte-Christie-d'Armagnac dans l'ouest du département, confirmé mardi par Bernard Malabirade, le président de la chambre d’Agriculture du Gers. L'élevage en question devrait être dépeuplé, et par précaution dans un rayon de 10 kilomètres autour du foyer, les palmipèdes seront confinés. "Nous pensons être opérationnels pour éviter que le virus se développe", rassurait tout de même Bernard Malabirade, hier soir sur notre antenne. Si le président de la chambre refuse de céder à la panique, le son de cloche est quelque peu différent du côté de la Confédération paysane du Gers. Sylvie Colas, porte-parole du syndicat se dit "consternée" et particulièrement inquiète par le retour du virus sur le territoire. Entretien.

Quel est votre sentiment suite à la découverte de ce premier foyer d’influenza aviaire dans le département ?

« Je suis consternée, voire même dégoûtée, car on avait fait beaucoup de travail sur toute la filière volaille pour que ça n’arrive plus et là on est à nouveau sur une crise sans précédent. Je me suis rendu hier dans des exploitations touchées dans les Landes, et quand on voit la façon dont ce virus court à la campagne, c’est encore beaucoup plus rapide que lors des dernières crises. J'ai très peur pour tous les élevages du Gers et les mesures qui vont les accompagner. Je ne vois pas comment on va arriver à gérer cette crise, je suis vraiment très inquiète pour l’avenir. »

Cela fait plusieurs semaines que la menace place sur le département avec des cas signalés dans les départements voisins, est-ce que le retour du virus sur le territoire aurait pu être évité ?

« Vu la profusion de cas qui a actuellement dans les Landes et notre proximité avec eux, plus rien ne m’étonne. La façon dont ça a été géré dans les Landes est catastrophique. Il faut savoir qu’il y a des foyers qui n’ont toujours pas été enlevés alors qu’on est en train d’abattre des animaux qui n’ont même pas été analysés et qui n’ont aucun symptôme. On a vraiment un vrai problème d’organisation pour faire barrage à ce virus, s’y comptait qu’on puisse le barrer. Il y a 8 jours, notre syndicat a pourtant fait un communiqué en disant qu’on était dépassé par la montée du virus et qu’il fallait diminuer la densité des élevages, faire du vide sanitaire là où on le pouvait. Pas en tuant les animaux en cours de cycle, au contraire, il faut laisser les animaux en cycle dès lorsqu'ils ne sont pas positifs. Il faut surtout ne plus faire circuler d’animaux dans les secteurs touchés. Le transport d’animaux vivants reste la principale cause de transmission d’un élevage à un autre."

Selon vous, nous n’avons pas retenu les leçons des précédentes crises ?

« Oui. On avait signé un pacte grippe aviaire où le secteur, notamment les filières longues, devaient faire en sorte de réduire leurs déplacements en essayant d’avoir les gaveurs à côté des élevages de prêt à gaver, de façon à limiter le transport des animaux vivants. Rien n'a été fait. Au contraire, on a continué à financer l’intensification de l’élevage. Ça, c’est vraiment une honte. Ça veut dire qu’on a finalement moins d’éleveurs, mais on a tout autant de canards qui sont encore plus concentrés sur les mêmes élevages. Donc, il y a une augmentation de la densité, de la concentration d’animaux sur les élevages, et cela a forcément eu des conséquences sur le développement viral puisqu’on va avoir de plus gros foyers et donc plus de difficulté à gérer cette nouvelle crise. »

L'élevage en question dans le Gers touché par le virus va être dépeuplé, cette solution d’abattage massif pour tenter d’éradiquer la grippe aviaire du territoire, est-ce la bonne solution ?

« Sur un foyer, il n’y a pas d’autre solution. Au contraire, il faut faire ça très vite. Les services vétérinaires du Gers dès les premières suspicions lundi ont eu raison d’informer très vite tout le monde et surtout de fermer la zone. Mais, ça ne suffira pas. Ce cas-là va amener beaucoup de mortalité autour hélas, il va y avoir l’abattage d’animaux à proximité. Ce que je voudrais par contre c’est qu’avant l’enlèvement, on mène des analyses afin de commencer à enlever tous les animaux qui sont positifs pour gérer la capacité en volumes. Actuellement, dans les Landes, il y a des foyers qui ne sont toujours pas abattus et ça fait 8 jours qu’on sait qu’ils sont contaminés. Les éleveurs ont les animaux tués chez eux. Ce n’est pas acceptable au niveau sanitaire. Alors que d’autres qui sont dans la zone d’un kilomètre et qui n’avait aucun canard malade, on leur a déjà dépeuplé leurs animaux. Il faut une cohérence. J’espère qu’on aura enfin tout le monde autour de la table très rapidement pour prioriser et définir un plan de grande envergure pour le court terme, mais surtout pour le long terme. »

Pour lutter contre la propagation du virus, il existe des vaccins, que pensez-vous de cette solution ?

La solution des vaccins a son intérêt. Dans la filière avicole et dans la volaille, on utilise déjà  beaucoup de vaccins auquel cas il y a beaucoup d'espèces qu'on arriverait même plus à produire aujourd'hui. Maintenant le problème c'est toujours la normalisation par rapport à l'exportation. C'est-à-dire qu'un animal vacciné est positif et donc cela voudrait dire que la France n'est plus indemne de grippe aviaire et que donc certains marchés de volailles sont fermés à la l'exportation du fait de cette situation. Donc, il y a ce problème-là. Il faut également mener un travail de fond sur un vaccin pour s'assurer qu'il soit capable de faire face aux évolutions du virus et empêcher toute mutation. Mais, il y a certainement quelque chose à faire avec ce vaccin notamment pour ceux qui n'exportent pas. Ils auraient certainement intérêt à avoir ce type de solution parce que sinon je ne vois pas comment on pourrait continuer à produire des volailles.”
E.R

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