13 prévenus, des dizaines de milliers de bouteilles volées : vaste affaire au tribunal d'Auch ce jeudi

13 octobre 2022 à 19h08

13 personnes étaient appelées à comparaître ce jeudi à la barre du tribunal correctionnel d'Auch dans une vaste affaire de vol qui avait secoué la filière viticole du Madiran, entre le Gers et les Hautes-Pyrénées, en 2015.

« Je ne suis pas fier d'être devant vous ». La tête basse, Christian* s'avance à la barre du tribunal correctionnel d'Auch pour répondre des faits de vol et usage de faux en écriture commis entre 2014 et 2015, dans une société de vignoble pour laquelle il travaillait, la maison Brumont. Une affaire qualifiée de « hors norme » par le procureur de la République, Sterenn Hell.

Cet homme de 44 ans, au profil assez commun, sacoche accrochée au pull au moment de répondre aux questions du président Philippe Romanello, est considéré comme l'artisan d'une série de vols de grande envergure. En un peu plus d'un an, il lui est reproché d'avoir volé des dizaines de milliers de bouteilles de vin de la société. « 78 000 » selon ses propres aveux aux gendarmes, avec un bénéfice des ventes des estimé entre 150 et 200 000 euros. Christian dérobait jusqu’à 50 cartons de six bouteilles de vin par jour, à l'abri des regards. « Il était facile de voler puisque la pièce où étaient stockés les cartons n'était pas sous vidéo-surveillance, et les cartons sans réelle traçabilité », précise cet homme qui affiche déjà trois mentions à son casier judiciaire, dont deux pour des affaires de vol. Le larcin était commis sur des palettes réservées aux « commandes de dernière minute » et destinées au marché français. Selon la partie civile, 55 041 bouteilles ont disparu des stocks, soit près de 410 hectolitres. Le préjudice évalué par l'avocat des parties civiles, maître Alain Nonnon, avoisine les 1 M 200 000 €.

Un cheminement que Christian maîtrisait sur le bout de doigts. Au sein de la société, il occupait le poste de responsable du service expédition, moyennant un salaire net mensuel de 1 500 €. Une rémunération jugée « trop faible » qui l'a poussé à démarrer ce trafic ô combien juteux, auquel sa femme et deux complices, dont un salarié de l'entreprise, participaient.

Train de vie démesuré

Porsche, home cinéma, fauteuil massant. A l'époque des faits, l'argent du trafic coule à flot et le couple s'autorise quelques extravagances, loin de leur train de vie quotidien. Lors des auditions dans les locaux de la gendarmerie, Christian confie même avoir «  fait les courses sans regarder le prix ». « Si j'ai fait tout ça, c'est parce que j'avais besoin d'argent. J'étais pris dans l'engrenage de l'argent facile ». « Ce monsieur et sa compagne sont les investigateurs de la mise en place de ce réseau qui a permis d'écouler cette quantité impressionnante de vin », assène Sterenn Hell, pour qui la culpabilité du couple dans cette affaire ne laisse guère de doute. « Madame a aussi mis en place un véritable réseau » poursuit le procureur, visant la femme de Christian, absente à l'audience. Âgée de 46 ans, elle était chargée d'écouler les stocks volés. Les bouteilles étaient revendues à des prix défiant toute concurrence à des restaurateurs peu scrupuleux de la région. Huit receleurs figurent parmi les prévenus.

Le pot-aux-roses avait été découvert en 2015 quand Alain Brumont, le directeur de la société, avait surpris la compagne de Christian dans le domaine avec le coffre de la voiture rempli de cartons. Le couple, n'a jamais nié les faits reprochés.

Le ministère public a requis trois ans de prison dont deux avec sursis contre Christian. Deux ans de prison ont été requis envers sa compagne dont un avec sursis. Quatre mois de prison avec sursis ont été requis contre un membre de l'entourage, logé chez ce couple au moment des faits et qui a participé au vol.18 mois de prison avec sursis ont été requis envers un salarié de l'entreprise, chez qui 1 500 bouteilles de vin ont été découvertes. Six mois de prison avec sursis ont été requis contre le dernier salarié accusé de vol. Il aurait dérobé entre 40 et 80 cartons mais n'aurait jamais participé à la revente des bouteilles. Des peines de prison ferme ont été requises contre deux des receleurs. Des peines avec sursis ont été requises pour les six autres. 

L'affaire a été mise en délibéré au 8 décembre 2022.

À la sortie de l'audience, la victime, le célébre vigneron gersois Alain Brumont, est revenu à notre micro sur l'affaire et les réquisitions du Ministère public : 

*Le prénom a été modifié.

La rédaction.

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